CARNET II – LE SANCTUAIRE DE LA PLAGE
CARNET II – LE SANCTUAIRE DE LA PLAGE
« Pour ne pas devenir fou quand les fondations tremblent, il faut un endroit où poser l'ancre. Un lieu qui n'existe nulle part, mais qui se rappelle de vous. »
Le jour où le placard a disparu (Le récit de Todd) :
"Après l'histoire du penny, je n'osais plus lâcher la pièce. Je la gardais dans ma main, au fond de ma poche, toute la sainte journée. J'avais l'impression que si je la posais, mon appartement allait se transformer en vaisseau spatial ou un truc du genre.
Et puis, le jeudi suivant, j'ai voulu faire le ménage. J'ai ouvert la porte de mon placard à balais dans le couloir.
Sauf qu'il n'y avait plus de balai. Il n'y avait plus d'aspirateur non plus. À la place du mur du fond, il y avait un couloir en planches de bois brut, baigné par une lumière dorée et chaleureuse. Et au bout, j'entendais... le bruit des vagues. Le vrai bruit de l'océan, avec le cri des mouettes et le vent chaud.
Je me suis retourné pour regarder mon salon, j'ai regardé le placard, et je me suis dit : 'Bon, quitte à devenir dingue, autant y aller.' J'ai traversé le couloir et je suis entré dans le Sanctuaire."
Ce qu'il y a écrit à l'intérieur (L'analyse des pages) :
Le Carnet II change radicalement de style. Alors que le premier était écrit à la main de façon chaotique, celui-ci est propre, dactylographié avec une vieille machine à écrire. L'encre est un peu violette, typique des vieux rubans encreurs usés.
Le protocole de la Poche Temporelle : L'auteur mystérieux y décrit cet endroit comme une "zone de quarantaine" ou une "bulle de stockage" créée en dehors des circuits de la Submachine. C'est un espace tampon où la réalité ne change pas, pour permettre à l'esprit humain de se reposer.
La Remington de 1945 : Il y a des pages entières dédiées à la théorie de l'écriture mécanique. L'auteur explique que taper des mots sur du papier physique avec une machine mécanique (la Remington 1945) imprime une trace indélébile dans la matrice. Écrire ici, c'est graver des lois dans l'univers.
La liste des Égarés : Le plus flippant, c'est vers la fin du carnet. Il y a des pages et des pages de noms de famille. Tous sont rayés à l'encre noire, comme s'ils avaient été effacés de la réalité par la machine. En bas de la dernière page, il y a mon nom. Non rayé.
Les constatations de Todd :
"La pièce était magnifique. Un bureau en acajou, une tasse de café qui fumait doucement, et cette immense fenêtre ouverte sur une plage paradisiaque avec des palmiers sous un coucher de soleil éternel.
Mais le truc, c'est que tout était trop parfait. J'ai approché ma main de la tasse de café. Elle était brûlante. Mais quand j'ai regardé la fumée, elle ne montait pas : elle était figée dans l'air, comme figée dans du verre. J'ai regardé par la fenêtre. Une vague était en train de s'enrouler pour s'écraser sur le sable... mais elle ne bougeait pas. Le temps était cassé. C'était une photo en trois dimensions.
Sur le bureau, juste à côté de la Remington, il y avait ce carnet en cuir marron clair avec un coquillage gravé dessus, et ce petit post-it jaune avec écrit : 'Je t'aime', avec un petit cœur. L'écriture me disait vaguement quelque chose, mais impossible de mettre un visage dessus.
J'ai pris le carnet, et au moment où j'ai voulu toucher la touche 'A' de la machine à écrire, une sorte de déclic a résonné dans mes oreilles. Le bruit des vagues s'est arrêté net. J'ai paniqué, j'ai reculé, j'ai franchi la porte à l'envers et je me suis étalé de tout mon long sur le tapis de mon salon. La porte du placard était refermée. Dedans, il y avait juste mon aspirateur.
J'avais le Carnet II sous le bras. Et c'est en l'ouvrant que j'ai compris que le Sanctuaire n'était pas juste un refuge... c'était la salle d'attente avant que les choses sérieuses ne commencent."
ÉTAPE SUIVANTE :
Le Sanctuaire m'a donné les clés pour observer le monde sans bouger. Mais pour avancer, il me fallait un outil. Et cet outil m'attendait bien sagement caché sous le siège de ma voiture…
[PAGE 3 : Carnet III – La Boussole Acausale]
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